Ils ont fait vibrer à l’unisson tout un pays le temps d’un match de Basketball pas comme les autres. Une rencontre spectaculaire opposant les Lions Indomptables du Cameroun à l’Angola, lors des demi-finales du FIBA Afro Basket qui s’est soldé par une défaite amère (74-73), entachée par un arbitrage controversé et un favoritisme flagrant envers l’équipe hôte. Mais réduire cette contre-performance à une simple injustice serait passer à côté de l’essentiel : le Cameroun ne perd pas seulement sur le terrain, il perd dans les bureaux avec une administration dirigée par un département ministériel en charge des Sports et de l’ Éducation Physique incapable de penser les politiques globales de développement en matière de sport, mais plus préoccupé à détruire toute dynamique fédérale portée vers l’innovation, le professionnalisme et la performance. Au delà de cette rencontre à oublier, une triste réalité interpelle : celle du paradoxe d’un pays détenteur d’un potentiel humain incroyable dans tous les domaines, riche en talents, mais incapable de fédérer ses énergies positives pour se hisser sur le toit de l’Afrique et du monde.
Le Cameroun est l’un des rares pays en Afrique et dans le monde où les talents éparpillés à travers le monde qui brillent sous d’autres cieux, parfois obligés d’empreinter des nationalités étrangères pour des besoins de subsistances, sont ignorés et snobés par leur propre nation. Dans le cas spécifique du basketball, ce pays aurait pu être une super puissance en Afrique avec des joueurs comme Joel EMBIID, Pascal SIAKAM, Christian KOLOKO, Yves MISSI, Ulrich CHOMCHE, qui brillent en NBA et d’autres dans les ligues européennes et asiatiques. Pourtant leur intégration en équipe nationale en dehors de Yves MISSI, reste un mirage suite à une absence de stratégie sérieuse et pérenne capable de les accueillir pour permettre aux couleurs nationales de flotter plus haut, en prenant en compte toutes les exigences professionnelles qui encadrent le suivi de telles pépites.
Le Ministère des Sports et de l’ Éducation Physique qui devrait exercer une mission de tutelle basée sur une politique de développement en harmonie avec les énergies fédérales innovantes, est plutôt engagé dans des batailles permanentes avec pour objectifs d’écarter tout dirigeant de fédération qui se détourne d’un système de corruption généralisé et enraciné au cœur des administrations publiques. La tricherie, les détournements, les rétro-commissions, le clientélisme, la violation des lois et règlements en vigueur, le non respect des décisions de justice sont banalisés et institutionnalisés. Aller à l’encontre de toutes ces pratiques contre productives, condamne le dirigeant de fédération prévoyant, intègre et surtout incorruptible à la furie dévastatrice d’une horde de voyous qui veulent maintenir le mouvement sportif dans ces ténèbres pour garantir la pérennisation de leurs intérêts. Pendant qu’ils se lèchent les babines, les principaux acteurs qui ne peuvent s’expatrier crèvent en silence sans statut, sans primes, sans rémunération, sans considération, dans un mépris qui frise une condescendance diabolique.
Le Sport comme levier de puissance… ignoré par les décideurs
Dans un monde où le sport est un vecteur d’influence important, de diplomatie et de rayonnement culturel, un instrument géostratégique de démonstration de puissance, le Cameroun s’atèle à rester en marge malgré un potentiel humain inégalé. Par contre plusieurs pays tels que l’Angola, le Sénégal, le Rwanda, le Maroc, l’Égypte investissent dans des académies, des partenariats internationaux, des infrastructures modernes. Le Cameroun, lui, s’enlise dans une gestion événementielle sportive sans réelle ambition continentale avec pour point d’ancrage la destruction de toutes ses icônes. Cette attitude d’auto destruction de ses propres fils est une attitude unique à son genre en Afrique et dans le monde.
Le Basketball camerounais et les autres sports ne manquent ni de passion, ni de génie. Il manque d’un projet structurant. Un projet qui transcende les ego, les luttes de pouvoir, les improvisations et les intérêts individuels. Un projet qui reconnaît le sport comme un pilier de la dignité nationale, de la cohésion sociale et du rayonnement international.
Éric Moïse NKOUANDOU M.